Christian NIRONI


Cette histoire est née à Paris, au Père-Lachaise, cimetière improbable qui, avant la disparition des concessions à perpétuité, était le théâtre pétrifié d'une pathétique déroute, celle de nos croyances immodestes, bien que légitimes, face à une nature irrévérencieuse mais souveraine, se nourrissant du terreau même de notre propre mort.
Une beauté particulière que ce combat inégal, émouvant cette enchevêtrement de matières inertes et vivantes, ces stèles défoncées, ces croix rouillées, ces grilles absorbées par les arbres trônant au milieu des tombes. Ainsi, les noms de ceux qui ont vécu s'effacent et disparaissent peu à peu de notre mémoire comme pour nous signifier la vanité de notre existence.
Ce lieu sensé incarner la mort devient celui de la vie. Echec ou signe ultime d'une réconciliation entre deux mots indissociables?
Ces tombes livrées à la patiente nature ce sont chargées de mystère et, pour certaines, ce sont métamorphosées en nefs habitées par des fous, les stigmates de certaines nous projettent sur des vaisseaux fantômes, d'autres encore recèlent au fond de trous noirs béants, des secrets innommables.
Les gisants puisent ainsi leur inspiration dans cette vaine et perpétuelle lutte contre l'altérité.